Vendre en ligne depuis Tbilissi, Dubaï ou Chiang Mai à des clients basés en France ou en Allemagne : c’est techniquement simple. La logistique TVA, elle, l’est beaucoup moins. Le piège le plus fréquent : croire qu’être résident hors UE vous exonère automatiquement de toute obligation de TVA européenne. C’est faux, et l’administration fiscale européenne le vérifie de plus en plus activement.

Ce guide explique qui doit collecter quoi, selon quel régime, et comment rester en règle sans créer de structure inutile.

Le principe fondamental : la TVA suit le client, pas le vendeur

En matière de TVA, l’UE applique le principe de destination : c’est le lieu de consommation qui détermine la TVA applicable, pas le lieu d’établissement du vendeur. Si vous êtes résident en Géorgie et vendez un ebook ou un abonnement SaaS à un client particulier basé en Belgique, vous devez en principe collecter et reverser la TVA belge (21 %).

Ce principe est en vigueur depuis la réforme TVA de juillet 2021, qui a considérablement simplifié le système tout en l’étendant aux vendeurs non établis dans l’UE. L’objectif de la Commission européenne est de mettre fin à l’avantage compétitif dont bénéficiaient les vendeurs hors UE qui expédiaient des biens sans TVA.

La documentation officielle de référence est disponible sur ec.europa.eu.

Régime OSS : la déclaration unique pour vos ventes B2C dans l’UE

Ce qu’est le régime OSS

Le régime OSS (One-Stop Shop) permet à un vendeur de déclarer et reverser la TVA sur l’ensemble de ses ventes B2C vers des pays de l’UE via un guichet unique, sans avoir à s’immatriculer dans chaque État membre où il a des clients.

Il existe deux variantes :

  • Union OSS : pour les entreprises établies dans l’UE. Couvre les ventes de biens et services B2C vers d’autres États membres.
  • Non-Union OSS : pour les entreprises établies hors de l’UE. Couvre uniquement les services vendus à des particuliers dans l’UE (services électroniques, télécommunications, diffusion).

Si vous êtes un freelance ou une société basée en Géorgie, à Dubaï ou à Singapour, c’est le Non-Union OSS qui vous concerne pour vos services numériques.

Le seuil de 10 000 EUR

En dessous de 10 000 EUR de ventes B2C vers l’ensemble des pays de l’UE sur l’année civile (et la précédente), vous pouvez appliquer la TVA de votre pays d’établissement. Mais attention : ce seuil s’applique uniquement aux entreprises établies dans l’UE. Si vous êtes établi hors UE, ce seuil ne vous protège pas : vous êtes soumis aux règles TVA dès le premier euro de vente à un particulier européen pour les services numériques.

Comment fonctionne concrètement l’OSS

  1. Vous vous immatriclez à l’OSS dans un État membre de votre choix (ou celui de votre représentant fiscal si vous êtes hors UE).
  2. Chaque trimestre, vous déposez une déclaration OSS récapitulant vos ventes par pays et le montant de TVA correspondant.
  3. Vous versez la TVA totale à cet État membre, qui la redistribue aux autres États concernés.

Résultat : une seule immatriculation, une seule déclaration trimestrielle, un seul virement. C’est nettement plus gérable qu’une immatriculation dans 27 pays.

Régime IOSS : pour les biens importés de moins de 150 EUR

Le régime IOSS (Import One-Stop Shop) cible spécifiquement les ventes de biens physiques importés dans l’UE d’une valeur inférieure ou égale à 150 EUR par colis. C’est le régime typique des vendeurs dropshipping ou des e-commerçants expédiant depuis des entrepôts hors UE (Chine, États-Unis, etc.).

Sans IOSS, la TVA est collectée à la douane lors de l’importation, ce qui crée des frictions à la livraison (frais de dédouanement, retards). Avec l’IOSS, la TVA est collectée au moment de la vente, la douane est fluidifiée.

Le numéro IOSS est communiqué au transporteur, qui peut présenter les colis en douane avec la TVA déjà réglée. Si vous vendez via des marketplaces comme Amazon ou Etsy, ces plateformes gèrent souvent l’IOSS pour vous : vérifiez les conditions de votre accord vendeur.

Pour les colis de plus de 150 EUR, l’IOSS ne s’applique pas : les droits de douane et la TVA sont perçus à l’importation selon les règles classiques.

La page officielle IOSS de la Commission européenne détaille les modalités d’enregistrement.

B2B vs B2C : des règles très différentes

La distinction entre vente à un professionnel (B2B) et vente à un particulier (B2C) est centrale en TVA. Elle détermine qui collecte et qui reverse.

Vente B2C : vous collectez la TVA

Dans une vente à un particulier (B2C), c’est le vendeur qui collecte la TVA au taux applicable dans le pays du client. Il n’y a pas de mécanisme d’autoliquidation côté acheteur : le client paye le prix TTC, et c’est vous qui reversez la TVA à l’administration.

Vente B2B intra-UE : autoliquidation (reverse charge)

Dans une vente à une entreprise assujettie à la TVA dans un autre pays de l’UE (B2B), le mécanisme d’autoliquidation (reverse charge) s’applique. Vous facturez HT, et c’est l’acheteur qui déclare la TVA dans son propre pays.

Pour que ce mécanisme s’applique, vous devez :

  • Obtenir le numéro de TVA intracommunautaire de votre client
  • Le vérifier sur VIES (VAT Information Exchange System)
  • Mentionner sur la facture la mention légale “Autoliquidation” ou “Reverse charge — Article 194/196 de la Directive TVA”

Le régime OSS ne s’applique pas aux transactions B2B : il est exclusivement réservé au B2C.

Services numériques : règle du pays du client (B2B et B2C)

Pour les services fournis électroniquement (SaaS, formations en ligne, logiciels, contenus numériques), la TVA est due dans le pays du destinataire, qu’il soit professionnel ou particulier. C’est la règle de base des services numériques depuis 2015, confirmée et élargie en 2021.

Exemples de services considérés comme électroniques :

  • Logiciels et abonnements SaaS
  • Livres numériques, musique, vidéo à la demande
  • Formations en ligne
  • Hébergement web, noms de domaine
  • Jeux en ligne

Si vous fournissez ces services à des particuliers européens depuis l’étranger, vous devez vous immatriculer au Non-Union OSS.

Cas concret : résident hors UE vendant à des clients européens

Le profil le plus courant

Vous êtes freelance ou entrepreneur, résident en Géorgie, à Dubaï ou en Thaïlande. Vous vendez des formations en ligne, un abonnement SaaS ou des produits physiques à des clients français, belges et allemands. Que faire ?

Ventes de services numériques B2C : vous devez vous immatriculer au Non-Union OSS dans un État membre de l’UE de votre choix (l’Irlande, l’Estonie ou les Pays-Bas sont souvent choisis pour leur accessibilité administrative). L’e-résidence estonienne peut faciliter cette démarche si vous avez une société estonienne.

Ventes B2B : vous facturez HT, le client reverse lui-même la TVA. Pas d’immatriculation TVA requise de votre côté pour ces opérations, à condition d’avoir les numéros TVA vérifiés.

Biens physiques importés (< 150 EUR) : immatriculation IOSS ou délégation à la marketplace.

Le représentant fiscal

Si vous êtes établi hors UE et non établi dans un pays avec accord de coopération administrative avec l’UE, certains États membres peuvent exiger la désignation d’un représentant fiscal sur leur territoire. Ce représentant est solidairement responsable de la TVA due. Les coûts varient de 500 à 2 000 EUR/an selon les prestataires et le volume d’activité.

Pour plus de détails sur la facturation internationale, lisez notre article facturer depuis l’étranger.

SaaS et produits numériques : règles spécifiques

Le SaaS est traité comme un service fourni électroniquement : la TVA est due dans le pays du client (particulier ou professionnel), sauf si c’est du B2B avec autoliquidation.

Points d’attention spécifiques pour les éditeurs SaaS :

Détermination du pays du client : vous devez collecter deux preuves non contradictoires du pays de résidence du client (adresse de facturation, adresse IP, pays de la carte bancaire, etc.). Si les preuves sont contradictoires, vous devez appliquer la TVA du pays le plus défavorable ou déposer une déclaration manuelle.

Tarifs TTC dans l’UE : si vous affichez un prix, les consommateurs européens doivent voir le prix TTC. Votre configuration d’affichage des prix doit donc intégrer la TVA selon la localisation détectée.

Taux réduits : certains pays de l’UE appliquent des taux réduits sur des livres numériques ou logiciels éducatifs. Vérifiez les taux spécifiques si votre produit est susceptible d’en bénéficier.

Pour la structure juridique optimale pour gérer ces obligations, consultez notre guide créer une société à l’étranger.

Tableau récapitulatif : régime TVA applicable selon le cas

Type de vente Vendeur hors UE Client B2C (particulier UE) Client B2B (professionnel UE)
Service numérique Hors UE TVA pays client — Non-Union OSS HT — autoliquidation (reverse charge)
Bien physique importé ≤ 150 EUR Hors UE TVA pays client — IOSS HT — droits de douane selon régime
Bien physique importé > 150 EUR Hors UE TVA à la douane lors de l'import TVA à la douane + droits de douane
Service non numérique (conseil, etc.) Hors UE Dépend du type de service et pays HT — autoliquidation si B2B UE

Pour les services non numériques, les règles de lieu de prestation varient selon la nature du service. Consultez un expert-comptable spécialisé en TVA internationale.

Les pièges les plus fréquents

Piège 1 : croire qu’être hors UE vous exonère de TVA

C’est l’erreur la plus courante. Le lieu d’établissement du vendeur ne détermine pas l’obligation TVA : c’est le lieu de consommation. Dès que vous vendez des services numériques à des particuliers européens, vous avez des obligations, même depuis Dubaï ou la Géorgie.

Piège 2 : ignorer le seuil OSS (et ses limites hors UE)

Le seuil de 10 000 EUR est souvent cité, mais il ne s’applique qu’aux vendeurs établis dans l’UE. Si vous êtes hors UE, il n’existe pas de seuil minimal : toute vente B2C de service numérique à un particulier européen est soumise à TVA dès le premier euro. impots.gouv.fr et service-public.fr précisent ces règles pour les vendeurs non établis.

Piège 3 : oublier la TVA sur les services numériques B2B

Le mécanisme d’autoliquidation B2B est souvent bien compris, mais certains entrepreneurs négligent de vérifier les numéros TVA de leurs clients et de les mentionner sur les factures. Sans numéro TVA valide, vous ne pouvez pas appliquer l’autoliquidation : vous pourriez être redevable de la TVA de votre côté.

Piège 4 : confondre OSS et IOSS

OSS et IOSS sont deux régimes distincts, couvrant des situations différentes. L’OSS couvre les services (et certains biens pour les vendeurs UE). L’IOSS couvre uniquement les biens importés de moins de 150 EUR. Une immatriculation IOSS ne dispense pas d’une immatriculation OSS si vous vendez aussi des services numériques.

Piège 5 : négliger la documentation des preuves

Pour les services numériques, vous êtes responsable de la preuve du pays du client. En cas de contrôle, si vous ne pouvez pas justifier le taux de TVA appliqué à chaque vente, vous vous exposez à des rappels TVA avec pénalités. Documentez systématiquement adresse IP, pays de la carte et adresse de facturation.

Votre structure et l’accès à l’OSS

Si vous opérez via une société étrangère (LLC américaine, LTD britannique, OÜ estonienne), les règles d’accès à l’OSS dépendent du pays de votre société et de votre résidence personnelle.

L’OÜ estonienne est souvent citée comme structure accessible pour les non-résidents UE souhaitant simplifier la conformité TVA européenne, notamment via l’e-résidence. Elle permet de s’immatriculer directement à l’Union OSS en Estonie. Consultez notre article sur s’expatrier en Estonie pour comprendre le contexte de l’e-résidence.

Notre guide sur les entrepreneurs à l’étranger synthétise les structures disponibles selon votre résidence.

Questions fréquentes

Je vends uniquement à des professionnels (B2B). Ai-je besoin de m’immatriculer à la TVA en Europe ?

Pas nécessairement pour les ventes B2B intra-UE avec autoliquidation, à condition d’avoir les numéros de TVA valides de vos clients et de facturer HT avec la mention adéquate. Mais vérifiez la situation pays par pays : certains États membres exigent une immatriculation locale dans des cas spécifiques (biens livrés localement, services à localisation particulière). Un expert-comptable TVA internationale peut vous confirmer votre situation en 30 minutes.

Mon chiffre d’affaires européen est faible (quelques milliers d’euros par an). Est-ce que ça vaut vraiment la peine de s’immatriculer ?

Légalement, oui : il n’y a pas de seuil minimal pour les vendeurs hors UE de services numériques. Pratiquement, le risque de contrôle est proportionnel au volume, mais l’obligation existe. Si votre activité européenne est destinée à croître, mieux vaut mettre la conformité en place tôt. Les coûts de l’immatriculation OSS sont limités ; ceux d’un rattrapage fiscal ne le sont pas.

Ma marketplace (Amazon, Etsy, Shopify) gère-t-elle la TVA à ma place ?

Cela dépend de la marketplace et du type de vente. Amazon (via son programme FBA et ses marketplaces UE) est considéré comme assujetti à la TVA pour les ventes de biens par des vendeurs tiers hors UE dans l’UE : il collecte et reverse la TVA pour vous dans ce cas. Etsy adopte le même rôle pour les vendeurs non établis dans l’UE. Mais si vous vendez en direct (votre propre site), vous restez seul responsable. Lisez attentivement les conditions de chaque plateforme et vérifiez si elles vous considèrent comme “deemed supplier” ou non.

Dois-je déclarer la TVA collectée dans mon pays de résidence hors UE ?

Non. La TVA que vous collectez pour le compte des pays européens est reversée via l’OSS ou l’IOSS aux administrations fiscales européennes concernées. Votre pays de résidence (Géorgie, Dubaï, etc.) n’a rien à voir avec cette TVA européenne. Les deux régimes fiscaux sont indépendants.


La TVA européenne pour les vendeurs non résidents est un sujet sérieux, mais loin d’être ingérable si vous le structurez correctement dès le départ. Le régime OSS a précisément été conçu pour simplifier la vie des vendeurs actifs dans plusieurs pays de l’UE. La clé : identifier votre cas (B2B ou B2C, biens ou services, hors UE ou UE), choisir la bonne immatriculation, et documenter correctement chaque vente.

Pour aller plus loin sur votre structure juridique et fiscale à l’étranger, consultez nos guides facturer depuis l’étranger et créer une société à l’étranger.

Retrouvez tous nos guides pour les entrepreneurs expatriés : entrepreneur à l’étranger.

Les règles décrites dans ce guide sont en vigueur au troisième trimestre 2026. La réglementation TVA européenne évolue régulièrement. Pour votre situation spécifique, consultez un expert-comptable spécialisé en TVA internationale avant toute décision.